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Le Soir, Vendredi 2 octobre 2009
Jacques De Decker

L’Australienne de Borgerhout

Ce pourrait être un roman venu des antipodes, dû à un auteur australien ou néo-zélandais, non, c’est le livre d’une jeune romancière flamande, qui jouit il est vrai déjà d’une réputation internationale d’écrivain pour la jeunesse. Trois titres dans la catégorie lui ont valu d’être l’invitée de Salman Rushdie dans son festival World Voices qu’il organise chaque année à New York et même de figurer avec In the Shadow of the Ark, la traduction anglaise de ses Arkvaarders, parmi les finalistes du très prisé et très doté International Impac Dublin Literary Award.

Anne Provoost, qui vient d’avoir 45 ans, a toujours été sujette à un tropisme anglo-saxon. Elle a écrit son premier livre aux Etats-Unis, où elle a poursuivi ses études de lettres. Et cette imprégnation se ressent fortement dans Regarder le soleil, le premier roman avec lequel elle s’adresse à une audience adulte. Sans négliger son public d’origine pour autant. Chloé, son personnage central, a sept ans, et doit affronter divers deuils successifs : celui de son père, qui succombe à une chute de cheval, la lente régression de sa mère, que la cécité gagne de plus en plus, le départ de sa sœur Ilona, qui s’en va rejoindre son père naturel.

Tout est question de focale dans ce livre maîtrisé de bout en bout, et de phrase en phrase, que l’auteur a ciselé avec un art consommé de l’économie suggestive.

Chloé ne fait pas de liens raisonnables entre les faits qu’elle observe, elle en établit d’autres, où priment sa sensibilité et son intuition. Quelques romancières nord-américaines excellent dans cette technique. On songe à Joyce Carol Oates, à Annie Proulx, à Alice Munro. Le plus surprenant, c’est qu’Anne Provoost parvienne à les égaler.

L’âge tendre de sa protagoniste lui permet de ne pas s’attarder à des questions qu’elle n’est pas en âge de se poser. On ne saura jamais, par exemple, pourquoi sa mère, Linda Vanderweert, a un jour délaissé sa Flandre natale pour aller s’installer dans le bush australien. Ni pourquoi elle a quitté Maurice, le père d’Ilona, pour convoler avec le père de sa cadette, ce Greg à qui un coup de sabot de cheval va coûter la vie. Ces blancs dans la narration, conséquences du point de vue adopté, augmentent le rayonnement du récit, en renforcent la puissance de suggestion.

Le soleil ni la mort ne se regardent en face, dit-on. Anne Provoost a eu le courage de le faire, avec des yeux d’enfant. Et cela donne un livre dense et mûr, écrit à Borgerhout près d’Anvers, mais destiné à circuler de par le monde.

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