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La Libre Belgique, 27 oktober 2009
Jacques Hermans

La vie à perte de vue

D’Anne Provoost, un fervent texte de deuil et d’humanité.

Grâce à l’amoureux travail de la traductrice belge Marie Hooghe, la romancière flamande Anne Provoost voit son œuvre publiée en français. Le livre existe, il faut que les lecteurs s’en avisent. "Regarder le soleil" est un fervent texte de deuil et de reconnaissance.

Née en 1964 en Belgique, Anne Provoost vit aujourd’hui à Anvers. Auteure d’essais et de romans pour la jeunesse couronnée de nombreux prix en Belgique comme à l’étranger, elle possède un talent narratif qui lui a valu en Flandre le Prix triennal de la prose pour "Regarder le soleil".

Le récit ne se déroule pas en Flandre, mais au bout du monde, dans une Australie rude, où la nature est violente et la vie dure. Dans un ranch, une fillette, Chloé Vanderweert, vient de perdre son père, mort des suites d’une chute de cheval. Elle reste seule avec sa mère, Linda, qui devient progressivement aveugle. Linda continue de faire tourner la ferme, mais perd peu à peu le contrôle de la situation et de sa fille qui profite de cette liberté toute relative pour errer dans la campagne. Pour Chloé, sa mère habite l’absence, pays de miroirs qui ne reflètent pas les visages, pas même les plus beaux. On pense à Rilke. Il y a, en effet, dans ce livre la relation voilée d’une expérience, presque d’une révélation et en même temps la menace constamment présente d’un sortilège nocturne, d’une fatalité tragique.

Des allusions, des fantasmes, des visions, de la peur, l’histoire d’une drôle de petite fille qui aime les animaux et la nature. C’est un étrange récit mystérieux et prenant auquel nous convie Anne Provoost qui fait ici étalage de sa virtuosité piaffante, sa gourmandise des sens, son œil de peintre et son amour fou pour le toucher, les odeurs. On voudrait comprendre cette petite fille à la fois dure et blessée qui tente de raconter ce qui lui arrive.

Son âge exact reste une énigme, elle habite une campagne qui n’est pas nommée, et il y a dans sa courte vie un séisme : la mort du père. Anne Provoost décrit très bien l’attitude de cette mère qui lâche prise peu à peu.

En une série de chapitres narratifs nous est contée, par le biais de l’enfant, la lente décomposition de la mère. De grandes émotions sont décrites, mais de manière voilée, ainsi que l’on doit regarder le soleil : indirectement, ou à travers un filtre. Les personnages subissent le quotidien, ils habitent la tristesse et leurs rêves ne les portent pas plus loin que leur quotidien. Parfois la révolte les sort d’eux-mêmes et offre des couleurs à la grisaille environnante. Un roman poignant, admirablement servi par une sobriété de moyens qui lui confère une étrange poésie et un charme insidieux. Ce pourrait être sinistre, étouffant; il n’en est rien, grâce à l’efficacité du style de l’auteur dont les phrases simples, teintées d’humour noir, font mouche et masquent une sensibilité à fleur de mots.

Anne Provoost est particulièrement attentive aux regards de ceux et celles qui espèrent quelqu’un qui n’arrive jamais. Assoiffée de tolérance, elle explore leurs gouffres pour déceler en eux un souffle de vie ou de déraison. L’écrivaine a l’air de trouver désolant les êtres trop raisonnables. Si la mère a l’amour dans la peau, la fille attend qu’un inconnu éveille ses sens. Nombreuses sont les ombres qui peuplent "Regarder le soleil", dont les sortilèges ne s’effacent pas quand la lecture en est achevée.

Regarder le soleil Anne Provoost traduit du néerlandais par Marie Hooghe Fayard 265 pp., env. 18,90 €

http://www.lalibre.be/culture/livres/article/538518/la-vie-a-perte-de-vue.html

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