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Le Soir, 31 May 2007
Dirk Vanoverbeke

«Qui sommes-nous pour leur dire ce qu’elles doivent faire?»

Vous êtes l’une des vingt et un BV’s («bekende Vlamingen», Flamands connus) à figurer sur les affiches qui, à Anvers, s’opposent à l’interdiction du port du voile frappant les fonctionnaires communaux travaillant derrière les guichets. Pourquoi cette mesure d’interdiction?

La nouvelle majorité communale, a senti le souffle du Vlaams Belang dans le cou et a crû devoir faire preuve de «virilité». Pour la population de gauche d’Anvers, dont je fais partie, elle a surtout fait des concessions à la droite. Etrange: le bourgmestre lui-même avait affirmé pendant la campagne que la diversité était une réalité anversoise. Ce qui laisse supposer que tout le monde est différent et que, dès lors, l’administration de la ville accepte sereinement cet état de fait. Maisle message envoyé aujourd’hui est diamétralement opposé: «Vous n’avez pas à tout accepter des musulmans. D’ailleurs, nous ne le faisons pas non plus.» Après avoir chanté les bienfaits de la diversité, on interdit aujourd’hui de la favoriser. C’est un double langage. Et il fait tache d’huile. Aujourd’hui, des voix s’élèvent dans le secteur privé qui disent: «Nous aussi, nous avons des réceptionnistes et des secrétaires qui travaillent derrière des guichets et constituent, pour le client, le premier contact avec l’entreprise. Si la ville considère que l’on peut interdire le voile à ses agents, pourquoi pas nous?» Plutôt que d’interdire le port du voile sous pré que cela dérange une majorité de citoyens, on aurait dû se poser l’autre question: «Comment pourrait-on provoquer un changement de mentalités qui balaie ce ressentiment et cette irritation vis-à-vis du port du voile?»

C’est cette question que vous privilégiez, en vous engageant dans la campagne de «Boeh!» («Baas over eigen hoofd», «Chef de sa propre tête»)?

Ce matin, j’étais invitée à un débat sur ce thème dans une école de Borgerhout. J’ai constaté les premiers dégâts de cet interdit. On a créé de toutes pièces un adversaire symbolique commun. La diversité qui faisait la richesse de ce groupe d’élèves a complètement volé en éclats. Deux groupes se sont constitués. Celui qui juge la question du voile anodin et banal. Et puis, l’autre, constitué notamment par ces filles pour lesquelles le voile est au contraire un élément essentiel. Le fait que cette partie constitutive d’elles-mêmes ne soit pas tolérée transforme le voile en une sorte de symbolique. Une espèce de condensé de toutes les frustrations que ces filles et leurs parents ont vécues. Un voile, on peut le retirer: pas leurs yeux noirs, ni leurs cils noirs, ni leur apparence maghrébine ou leur accent marocain.

Cette interdiction du voile aurait polarisé les tensions au lieu de les atténuer?

Clairement. Jusqu’ici, l’attitude était décomplexée et sereine à l’égard du voile. La récente réglementation sur le «dresscode» a attisé les tensions. La seule manière de réellement apprendre à connaître ces femmes musulmanes, c’est justement de les rencontrer sur le lieu de travail ou à l’école, les seuls endroits où l’on est susceptible d’entrer en contact avec elles…

Comment expliquez-vous cette opposition entre interdiction et tolérance?

Le modèle français plaide pour la neutralité et repose sur la sécularisation absolue de la société. Cette conception radicale est née dans le sang et la terreur de la Révolution de 1789 qui a contraint d’imposer un tel modèle. Notre modèle anglo-saxon se veut plus pragmatique et repose sur une tradition de consensus.

«Le voile? C’est la femme qui décide.» C’est le slogan de votre campagne…

J’avais proposé ce slogan: «Le voile: liberté de le porter, liberté de l’enlever.» Qui sommes-nous pour ergoter sur ce que les femmes musulmanes doivent faire ou non?

Défendre le voile en étant féministe, c’est paradoxal, non?

Personnellement, je ne le porterais pas. Si j’étais une femme musulmane, je combattrais le voile. Mais ce n’est pas à nous, femmes non musulmanes ou hommes non musulmans, de mener cette discussion. Et si je devais apprendre un jour que des jeunes filles étaient contraintes de porter le voile, je réagirais aussi contre cette obligation… Les citoyens doivent avoir le sentiment qu’ils peuvent vivre ensemble avec ou sans voile.

Et le port du voile à l’école?

A partir de quel âge est-on en mesure de décider seul? Moi, je suis contre l’interdiction du port du voile parce qu’elle consiste à dire que nous devons trancher à la place des musulmans, qui seraient incapables de décider seuls. Le même discours vaut pour les enfants. Faut-il interdire le port du voile jusqu’à la fin des humanités? Etablir des frontières d’âge, c’est toujours très frustrant… Les femmes sont dans ce débat considérées comme un groupe de personnes qui ne peuvent pas réfléchir par elles-mêmes. C’est très dénigrant. La même réflexion vaut pour les enfants.

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